Entretien: le Football du Peuple de Montpellier

Voici un entretien réalisé avec M, un camarade ayant été moteur dans le lancement et le développement d’un club de football populaire dans notre ville. Il développe pour nous le bilan, les projets et le contenu politique de cette activité qui nous intéresse particulièrement…

 

– Salut, tout d’abord pourrais-tu nous dire comment est apparue l’idée de lancer le projet Football du Peuple à Montpellier?

C’est suite à un rendez-vous sportif de militant-e-s souhaitant se rencontrer le dimanche en dehors des bancs de l’université que j’ai voulu développer l’expérience en élargissant le cercle aux non-militant-e-s. Le football du peuple Montpellier s’est alors créé et transformé en une organisation sportive ouverte à tous et à toutes, dans laquelle les différents membres (militant-e-s, non militant-e-s, jeunes et moins jeunes) se sont retrouvés pour partager des moments sportifs et conviviaux, conscient-e-s des enjeux d’un football populaire qui s’oppose aux valeurs du sport moderne en général. Nous sommes une quarantaine actuellement, nous existons depuis 2012 et nous avons un peu plus de 300 personnes nous soutenant de plus ou moins loin (individus, groupes politiques, équipes).

 

– Le projet semble avoir lancé une bonne dynamique, dépassant les cercles militants. Quelle bilan fais tu de cette première année de développement ?

Cette première année est globalement positive. Sur la quarantaine de membres actifs, nous avons une majorité de jeunes (18-30 ans), quelques collégiens et lycéens, ainsi que des personnes plus âgées autour de la quarantaine. Sans vouloir faire de quotas, pour le moment seulement deux femmes sont venues régulièrement et comptent continuer à la rentrée prochaine. Je m’attarde sur elles car il n’était pas facile au début d’inciter des camarades femmes à venir jouer avec nous, l’image du football moderne se faisant, les craintes de ne se retrouver qu’avec des mecs et leurs blagues sexistes n’a pas aidé. Malgré tout, elles sont venues et sans vouloir parler pour elle, il me semble que tout le monde à mis de l’eau dans son vin et que l’ambiance solidaire du groupe a favorisé leur « intégration ». Il y a eu quelques petits problèmes au début mais il s’agissait davantage de méconnaissance du fonctionnement du club que de réels problèmes de comportements. Les insultes homophobes, sexistes, etc, ont fusé par moment mais très vite le contexte particulier du club a calmé les ardeurs de certains, voire même à permis de remettre en question ces comportements. Les virer n’aurait rien apporté de positif et aurait reproduit à nouveau les clivages militants-non militants.

C’est à partir du premier apéro de fin de match que certaines discussions ont pu avoir lieu et nous avons appris à nous connaître davantage pendant les arrêts de jeu, autour d’un verre. De petits questionnements sur le fonctionnement du football moderne ont pu être posés grâce à des situations concrètes vécues sur le terrain : individualisme, violence, sexisme. L’entre-aide et la solidarité étant le moteur du club, chacun s’est positionné différemment face à ces comportements et à l’heure actuelle, quelques membres du club sont sortis du lot et se voient capables de prendre des initiatives pour les autres, choses essentielles si l’on veut favoriser l’autonomie et la réappropriation de la politique.

 

– Quelle est ta vision d’un sport populaire ?

Notre club n’est ni une entreprise ni une association de loi 1901 à titre non lucratif. Notre côté non-officiel est une volonté politique de ne pas devenir dépendants des « volontés politiques ». Nous sommes libres dans nos actions et le resterons. En effet, bien que conscient-e-s des contradictions que toute personne nouvelle peut avoir, nous rejetons la compétition comme fondement du club, nous condamnons la violence et les attitudes patriarcales qui gangrènent le milieu footballistique. Nous organisons des rendez-vous pour le plaisir et la beauté du geste mais aussi pour permettre à des personnes de se retrouver autour d’initiatives sportives et populaires coupées de tout intérêt financier.

C’est dans cette optique que nous tentons chaque dimanche de rassembler des gens sous la bannière du sport populaire et favoriser la rencontre politique et humaine autour d’initiatives simples telles que des repas partagés, des apéritifs improvisés, etc. Des discussions prochaines autour du sport et de la compétition seraient un bon moyen de cerner les limites et les enjeux d’une telle activité car le football du peuple Montpellier se veut garant de la remise en cause permanente et de l’auto-critique collective. Il n’est pas question d’attirer les gens par le sport et seulement le sport. Nous sommes majoritairement conscients des contradictions et nous ne voulons pas devenir un énième collectif de sportifs à tendance « progressiste ». Il s’agit là de rester critique vis à vis de ce que nous faisons sans pour autant adopter une ligne autoritaire où la moindre faute comportementale aurait pour conséquence l’exclusion. Pour ma part, le sport populaire doit être le moyen de s’expérimenter soit même dans un groupe et j’envisage ce club comme un lieu de rencontre entre des mondes trop souvent éloignés socialement (militant-e-s, étudiant-e-s, chômeur-euse-s, travailleur-euse-s) et géographiquement (centre-ville, campagne, banlieues, etc.)

 

– Montpellier est connu pour son équipe et pour ses tribunes populaires, à la fois métissées et ancrées dans la culture régionale : penses-tu qu’il y a des particularités locales favorisant la réappropriation de ce sport ?

Le jeu que nous défendons prône une activité sociale qui favorise l’autonomie et la mixité des couches populaires. Notre football rassemble une multitude de gens de tout horizon (collégien-ne-s, lycéen-ne-s, étudiant-e-s, immigré-e-s, chômeur-euse-s,

travailleur-euse-s, sans-papiers, etc.). Cet esprit permet de pérenniser la structure du club, et à travers elle, des valeurs telles que la solidarité, la camaraderie, naissent. D’où la grande différence avec les milieux du sport business qui ne sont intéressés que par la reproduction des valeurs utiles au modèle néolibéral, c’est à dire: l’individualisme, la cupidité, pour n’en nommer que quelques-uns. En ce qui concerne Montpellier et le MHSC, ses tribunes « populaires métissées et ancrées dans la culture régionale », je n’y vois là qu’un semblant d’osmose et je reste très sceptique sur les perspectives humaines de ces groupes. Évidemment, on ne peut pas nier ces particularités locales où l’on peut observer plusieurs communautés se mélanger sous une seule et même bannière avec majoritairement des élans progressistes sur l’antiracisme mais est-ce que cela suffit ? Si nous voulons profiter de ces particularités, nous devons être présent-e-s et non pas se positionner comme spectateur-trice d’un monde que nous rejetons. Le MHSC comme toute autre équipe du football moderne fédère les couches populaires par populisme et ne voit que son propre intérêt immédiat. Nous savons que le football est politique, car il permet la rencontre et le dialogue, et n’est pas seulement une activité de loisir que beaucoup consomment sans réfléchir. Parce que nous croyons que le football n’est pas la propriété d’une entreprise multinationale, qu’il n’est pas non plus là pour calmer la gronde sociale du peuple. Nous proposons donc la réappropriation du football pour le football, en recréant les relations sociales perdues dans le sport afin qu’il cesse d’être traité comme une marchandise. À la différence du MHSC et des ses tribunes, notre club travaille contre l’image que peut renvoyer le football généralement (virilisme, sexisme, argent, mafia, compétition, etc.) et tente de déconstruire les idées reçues : celles qui tendent à dire que les femmes sont par NATURE moins disposées à jouer au football que les hommes, que le football est un sport d’homme ou règne la loi du plus fort. Le football du peuple se veut tout d’abord antisexiste sur une ligne sportive en défendant le fait qu’une femme est aussi performante qu’un homme sur un terrain et que la seule différence qui puisse être observable, réside dans la technique de jeu. Technique qui s’apprend et qui n’est pas un don propre aux hommes. Nous pensons que la société patriarcale conditionne les femmes depuis leur plus tendre enfance et ne leur permet pas de se développer de façon libre physiquement, socialement et sportivement. C’est pourquoi, le club est fortement opposé aux attitudes qui tendent à rabaisser, commander ou tout simplement mettre de côté un camarade de jeu à cause de son niveau. De plus, les insultes homophobes et sexistes sous couverts de blague ne sont tout simplement pas les bienvenues. Nous sommes également antiracistes car nous ne pouvons pas accepter de nos jours que la haine raciale se répande sur nos terrains comme dans nos rues. Bien sûr, nos vieux démons, nos vieux réflexes de club reviennent de temps à autres (jeu perso, chamaillerie, bousculade, dérives autoritaires, sexistes, homophobes, etc.) mais c’est à travers nos remises en question et notre sens de l’auto-critique que nous avançons. Le club est un espace de sport mais aussi de rencontres et de camaraderie.

De nombreux apéros, repas et concerts pourront être organisés lors d’événements particuliers: matchs d’exhibition en soutien à des luttes, personnes incarcérées, rassemblements, réappropriation de stades, rencontres nationales ou internationales populaires inter-ligue (Ligue antifasciste d’Athènes, de Thessalonique, Futbol Subverso de Colombie, etc.). Tous ces événements à caractère politique sont aussi le moyen d’apprendre à se connaître, de s’approprier l’espace public qu’est le stade et d’en faire notre terrain de lutte. Et comme nous le savons, quoi de mieux que d’habiter dans le sud de la France pour favoriser les rencontres en extérieur ! C’est aussi cela la particularité du FdP Montpellier, un esprit ancré dans des habitudes méridionales qui facilitent ce genre d’initiative.

 

– Avec les autorités, les flics et l’extrême droite, comment ça se passe ? Ils ne doivent pas être très contents de voir un tel projet exister et durer…

Au-delà de l’aspect sportif, nous condamnons les partis xénophobes et nous participons à des rassemblements antiracistes pour montrer notre farouche opposition à toute forme de violences raciales et politiques. Nous sommes antifascistes et d’autant plus aujourd’hui avec la montée des groupuscules néo-nazis qui sévissent dans toute l’Europe. Notamment en Grèce, avec le parti Aube Dorée qui prend de l’ampleur et tente de se réapproprier le mouvement social en attaquant (avec l’aide de la police) les initiatives populaires de solidarité en faveur des plus précaires, des immigré-e-s, créées par les groupes tels que la ligue de football antifasciste grecque, pour rester dans le milieu sportif. Le club du FdP Montpellier participe aux campagnes de sensibilisation à la montée du fascisme en France et partout dans le monde et nous invitons les membres à soutenir ces projets. L’ambiance qui règne au sein du club est conviviale. Nous appelons tou-te-s les membres à être présent-e-s et actif-ve-s afin que leur initiative personnelle ou collective soit le moteur des futurs événements. Le club se construit tous les jours, les rencontres basées sur des valeurs de partage et de solidarité font de notre football, un football critique et subversif.

Localement, nous n’avons pas eu de problèmes avec les forces de l’ordre, nous jouons sur le stade Jean Véga à côté du zoo du Lunaret tous les dimanches. Nous regardons chaque semaine le calendrier de l’équipe officielle locale (le MUC) afin de proposer à nos membres un horaire où le terrain est libre. Donc, rien de très illégal. Néanmoins, nous avons eu la visite à deux reprises de la Ligue du Midi (groupuscule identitaire d’extrême droite) qui s’est amusé à taguer le grand pochoir représentant le club en transformant « football du peuple » en « football du peuple identitaire ». Nous avons pu effacer ces slogans nauséabonds lors des matchs suivants et depuis ces deux « attaques courageuses » de l’extrême droite, nous n’avons plus eu de suite. Nous restons vigilants tout de même sans pour autant en faire une affaire d’état.

Il y a de nombreuses bagarres entre supporteurs et en général beaucoup de violence dans et en dehors du stade qui quelque fois conduisent à des meurtres. Pour nous l’ennemi n’est pas la couleur ou le drapeau d’une équipe mais bel et bien le capitalisme. Les bénéfices politiques de l’état et de son appareil répressif (police, fascistes) proviennent de ce genre « d’hooliganisme » en utilisant la violence spécifique entre les supporteurs pour contrôler et manipuler la rage de la classe ouvrière et d’autre part pour distraire les gens et leur faire oublier les vrais problèmes, les vraies causes. Dans cette optique, l’état persuade les gens d’accepter plus facilement la brutalité policière quand il s’agit de sécurité intérieure. Même si l’on pense qu’il y a une image « apolitique » dans la majorité des équipes de football, ces derniers-temps il y a néanmoins des groupes partisans antifascistes lors des matchs de football moderne et le football du peuple ne peut que s’en réjouir. Malgré cela, notre vision est différente. Nous condamnons officieusement la violence et prônons avant toute autre chose l’auto-défense. Notre club étant garant de la sécurité morale et physique des plus jeunes, nous ne formons pas des soldat-e-s mais plutôt des esprits critiques capables d’apporter un discours subversif.

 

– Est-ce que d’autres expériences similaires à l’étranger t’ont inspiré ?

À l’origine, c’est un séjour de longue durée en Grèce (mon pays d’adoption) qui m’a fait découvrir la ligue antifasciste de football d’Athènes. J’ai pu assister à des tournois et participer à des rencontres de quartiers organisées sur un dispositif d’équipe en 5×5. L’idée de fédérer des valeurs telles que l’antifascisme, l’antisexisme et l’antiracisme autour du football populaire m’a grandement intéressé dans un esprit d’éducation populaire. En effet, Exarcheia, quartier contestataire d’Athènes est à l’origine de ce mouvement sportif. Des assemblées générales de quartiers se réunissent afin de discuter des modalités d’actions et de l’organisation des rencontres et que chaque assemblées locales se répartissent les tâches. Pour ma part, j’ai joué dans l’équipe des immigré-e-s composées majoritairement d’africains avec ou sans papiers. L’argent récolté lors des matchs est très souvent redistribué aux prisonniers politiques grecs et finance les centres sociaux auto-organisés qui accueillent médecins, chômeurs, cours de langues, femmes au foyer, soupe populaire, etc. Pendant les tournois des stands divers sont posés autour du stade, des apéritifs non alcoolisés sont servis, des DJ mixent et des ateliers pour enfants sont mis à disposition pour aider les parents. Des initiatives populaires qui touchent tous les âges et qui apportent une expérience concrète d’auto-organisation, trop souvent caricaturée.

Le football du peuple Montpellier travaille également avec le Futbol Subverso colombien qui est organisé en ligue de football et qui s’oppose au football moderne. Nous sommes en lien permanent afin de coordonner nos événements et tenter d’organiser des appels internationaux comme récemment pour le boycott de la coupe du monde de football au Brésil.

 

– Récemment a eu lieu un événement en solidarité avec le peuple brésilien et contre la FIFA : alors que le foot est souvent vu comme un affrontement entre équipes et pays, comment conçois tu la solidarité internationale ?

Effectivement nous avons suivi l’appel international à boycotter la coupe du monde de football organisée au brésil. Nous soutenons toutes les communautés brésiliennes en lutte et pour ce faire nous avons organisé sur Montpellier un événement « BOYCOTT BRAZIL 2014 » qui a réuni une quarantaine de personnes autour d’un match d’exhibition. Lors de cette journée, nous avons mis en place une mini-exposition de photos et d’articles concernant les luttes actuelles au Brésil ainsi qu’une présentation de la ligue antifasciste de football d’Athènes afin de sensibiliser les membres du club aux initiatives déjà existantes. Cette exposition permettait à la fois d’informer les personnes sur le sujet et de faire prendre conscience à tout le monde que le FdP Montpellier n’était pas seulement inscrit dans une démarche locale mais bel et bien ancré dans un rapport au monde aussi bien sur le plan sportif que politique.

Au delà du match, les discussions autour d’un repas partagé ainsi que la confrontation de plusieurs mondes non habitués à se fréquenter à été un premier pas dans la dynamique solidaire que je tente de créer. Des photos, une vidéo ainsi que des dessins faits par des enfants (plus ou moins grands) ont été envoyés au front populaire indépendant brésilien qui organise actuellement la lutte à travers des assemblées générales. Nous avons récolté une quinzaine d’euros qui ont été également remis à un camarade séjournant au brésil qui s’occupera de transférer l’argent lors de la prochaine réunion du front. La solidarité internationale est une démarche logique et inévitable si l’on veut inscrire les luttes sociales dans une dynamique internationaliste. Cet événement a été bénéfique pour tout le monde mais en particulier pour les « non-militant-e-s » qui ont pu prendre en considération et réaliser la portée de leurs actes ce jour là. Des actes qui paraissent anodins à première vue mais richement constructifs pour lier le groupe.

Une vidéo de la journée est consultable ici même : https://www.youtube.com/watch?v=i_2hO6JQmXw

 

– On constante avec plaisir en ce moment l’émergence de club de sport – football et sports de combat principalement – engagés politiquement dans notre pays, affirmant des valeurs encore minoritaires dans ce milieu (lutte contre le sexisme, le racisme et l’homophobie) : as-tu des conseils pour qu’ils se développent ?

Je ne peux malheureusement pas donner le conseil suprême qui fonctionne à coup sûr car chaque localité est différente et les possibilités ne sont pas les mêmes. Par contre, il me semble évident de prendre en compte un point important si l’on ne veut pas se construire sur des bases populistes ou sur des codes strictement militants, ce sont les compromis immédiats qui favorisent des résultats positifs à plus long terme. Je m’explique. Le fait d’être militant-e révolutionnaire conscientisé-e ne solutionne pas le problème de massification de nos groupes respectifs. S’il suffisait de lire et de participer à des réunions pour faire adhérer de nouvelles personnes à l’idée révolutionnaire, nous serions déjà assez pour pouvoir changer le système en place actuellement. Or dans la pratique, nos habitudes militantes poussent une majorité d’entre-nous vers un repli sur soi, sur des valeurs sures et cela à cause de plusieurs choses : la dureté du système répressif, l’image faussée du communisme ou de l’anarchisme aux yeux de l’opinion publique, les travers de l’intellectualisme petit-bourgeois et de la position d’avant-garde éclairée de certains. La révolution ne se fera pourtant pas sans les autres.

Ce qui m’a amené à penser l’engagement socioculturel et sportif comme une expérimentation politique, c’est tout d’abord cette expérience grecque et l’approche et la démarche sincère des militant-e-s envers les personnes non militantes désireuses de développer un esprit critique vis à vis de la société. Ce que je conseille pour le développement de ce genre d’initiatives sportives et culturelles passe par l’acceptation de l’autre avec ses contradictions. Il ne faut pas avoir peur de se confronter à un monde différent du cercle militant sans pour autant adopter les codes de façon opportuniste. Il s’agit pour ma part, dans le cadre du FdP Montpellier, de favoriser les rencontres souvent improbables et de laisser l’alchimie se faire sans intervenir politiquement. Bien sûr, rien n’est parfait et le club, à la différence d’un syndicat ou d’une organisation révolutionnaire, est un lieu où les règles de fonctionnement et les comportements individuels ne sont pas figés. C’est cette ouverture vers l’autre et cette limite modulable qui attire dans un premier temps, puis petit à petit avec l’effet de groupe et la dynamique de solidarité qui naît dans le club, avec l’éducation populaire comme objectif principal, nous assistons à de belles surprises.

Ce que je peux dire aux camarades qui comptent créer un club comme le nôtre, c’est de rester humbles et patients, de ne pas rejeter l’autre sous prétexte qu’il est sexiste, homophobe ou parce qu’il ne connaît pas les principes d’auto-organisation sur le bout des doigts. Chacun est né avec son éducation, tout le monde n’a pas eu le même capital culturel et par le travail quotidien et les rencontres en dehors du cadre militant, ces personnes qui à la base sont pleines de préjugés et de contradictions populaires, finissent tout simplement par prendre des initiatives progressistes et parfois tentent de corriger des dérives que l’on considère comme opposées aux valeurs du club. Pour finir, je dirai que les « non-militant-e-s » comme on aime bien les appeler sont le plus souvent désireux-euses de réfléchir à un autre modèle de société, d’apporter une critique légitime de la société capitaliste sans pour autant adopter l’attitude militante ou être capables d’utiliser le vocabulaire approprié. N’oublions pas que nous vivons dans une société inégalitaire et que la société actuelle ne nous encourage pas à prendre la parole en public, tente de nous abattre par tous les moyens en commençant par celui de l’expression. C’est à nous de redonner le goût de se réapproprier le savoir par l’intermédiaire d’initiatives telles que les organisations sportives ou culturelles.

 

– La réappropriation de l’espace public, et notamment des stades laissés à l’abandon, semble vous tenir à cœur : des projets dans ce sens pour l’année à venir?

Cette expérience de réappropriation des espaces publics, j’ai pu la découvrir encore une fois à Athènes. Exarcheia qui est l’un des quartiers de la ville connus pour être un lieu anarchiste et communiste libertaire par excellence abrite des espaces publics auto-organisés de divers types. Ce qui est intéressant dans ces lieux, ce sont les assemblées générales de quartiers qui discutent et décident ensemble des prochaines initiatives populaires afin d’ouvrir de plus en plus d’espaces publics et de favoriser la réappropriation par les habitant-e-s de leur lieu de vie.

À Montpellier, quartier Beaux-Arts Pierre Rouge, le stade Prévost est laissé à l’abandon et va être repris par des promoteurs immobiliers afin de construire à la place des immeubles de « standing ». Un collectif se bat depuis trois ans pour éviter que ce stade légendaire (l’un des plus vieux stades de Montpellier) ne soit détruit à des fins financières. Le club sera présent à la rentrée pour appeler à des assemblées générales de quartier et tenter de proposer des réunions de réappropriation du stade par le biais de tractages dans les HLM et par la voix de la presse militante. Il ne s’agit pas là d’un rêve utopique de voir des lieux publics auto-organisés fleurir à droite à gauche, il s’agit bien d’une possibilité imminente, et l’intérêt de telles initiatives sur Montpellier peut permettre l’établissement de foyers populaires contrôlés par les habitant-e-s du quartier. Il suffit de rien, nous croyons aux initiatives populaires et c’est pour cela que nous appelons un maximum de gens à venir nous rejoindre dans cette prochaine lutte. Il n y a pas besoin d’être un amoureux ou une amoureuse du ballon rond, il suffit juste de prendre conscience de l’enjeu d’un tel projet. Pour que nous puissions reprendre le contrôle de cet espace en plein centre de Montpellier, nous avons besoin de camarades du BTP, de cuisinier-e-s, de chômeurs et de précaires motivé-e-s à raplatir un stade pour qu’il soit praticable, construire un parc de jeux en bois pour les enfants du quartier dans la zone désaffectée accolée au stade, un coin buvette ainsi qu’un espace dédié aux projections de cinéma en plein air. Toutes ces idées ne sont pas infaisables, elles sont justes bouillonnantes dans nos esprits et ne demandent qu’à être mises en pratique. Pour que la rue redevienne notre terrain de lutte, pour ne laisser aucun endroit à l’extrême droite et pour faire de la démocratie directe une expérience concrète et un rempart face aux inégalités sociales. Pour l’éducation populaire !

 

– Un mot pour la fin ?

Si vous êtes contre le football moderne et pour l’éducation populaire, n’hésitez pas à nous contacter pour avoir plus d’informations afin que nous puissions constituer une ligue Football du Peuple composée de plusieurs équipes au niveau national ou international. Pour réapprendre à faire de la démocratie directe, l’élément central de nos vies !